À la rescousse des abeilles!

Par 
Anne-Virginie Schmidt, copropriétaire Miels d’Anicet
Photos 
Maude Chauvin

Le miel, cet or doré, est un produit plus complexe qu’on le pense. Plus on plonge dans l’univers apicole, plus on découvre des facettes insoupçonnées du travail des abeilles et de leur importance pour notre précieuse planète. 

Vitales, les abeilles!

Le rôle des abeilles est majeur pour la pollinisation et leur disparition aurait des retombées catastrophiques dans notre assiette, puisque deux tiers des aliments que nous consommons sont redevables au travail de l’abeille. Eh oui! Plus de 70% de nos aliments dépendent de la pollinisation de l’abeille à miel: les fruits, les légumes, les céréales, le café, le cacao, même… le lait et la viande! Vous avez bien lu. Les abeilles ont même une influence sur la viande que nous mangeons en pollinisant les cultures fourragères (comme le trèfle ou la luzerne) qui nourrissent à leur tour le bétail.

Les abeilles menacées

Ce n’est plus un secret, on assiste au déclin des populations d’abeilles. Mais pourquoi meurent-elles? Principalement à cause de l’environnement dans lequel elles évoluent. Comme nous sommes dans une ère de monoculture, le garde-manger des abeilles manque cruellement de variété, sans parler de l’utilisation massive de pesticides. En résumé, les abeilles n’ont bien souvent qu’une seule source d’alimentation laquelle, en plus, est contaminée. Troublant!

Pourquoi ne vont-elles pas butiner ailleurs?

Simplement parce que les abeilles butinent dans un rayon de trois kilomètres: elles ne peuvent donc pas aller plus loin pour chercher de meilleures sources d’alimentation. Elles doivent composer avec leur environnement immédiat. Si celui-ci propose une seule culture qui de surcroît est «arrosée» aux pesticides, les abeilles se trouvent bien mal prises. Au banc des accusés, on retrouve aussi des maladies et des parasites qui ont accompagné l’importation d’aliments. Les changements climatiques nuisent également à la bonne santé des abeilles: trop de pluie, hivers trop longs, de plus en plus de fluctuations de température…

Les abeilles meurent de plus en plus

Depuis 15 ans, nous, les apiculteurs, subissons des pertes importantes. Ce n’est pas rare de perdre 50% de ses ruches par hiver alors qu’avant, on en perdait en moyenne 20%. Nous nous sommes adaptés à cette triste réalité en devenant de meilleurs multiplicateurs d’abeilles. On sait dorénavant comment les reproduire: nous sommes capables de remonter nos colonies, mais on ne veut pas que ce soit ça, notre métier! Il y a un coût énorme rattaché à ça! Si les vaches laitières mouraient à ce rythme-là, on se questionnerait davantage…

Un savoir royal et… international!

Les apiculteurs n’ont pas d’autres choix que de reconstruire de nouvelles ruches année après année. Aux Miels d’Anicet, nous avons une expertise bien particulière pour aider les apiculteurs canadiens: celle d’élever des reines abeilles. Nous élevons 10 000 reines par année, qui sont vendues par la suite dans l’industrie. Nous transmettons maintenant notre expertise à travers le monde!

Soyez vigilants!

La qualité d’un miel de proximité est toujours plus grande que celle des miels étrangers. En ce moment, on assiste à une pratique dans l’industrie soit la présence d’entreprises «emballeurs de miel» qui n’ont aucun, ou très peu, de contacts avec les abeilles. On voit sur nos tablettes du miel argentin ou brésilien emballé ou mélangé avec le miel d’ici. Il est donc de plus en plus difficile pour le consommateur de s’y retrouver sur les étiquettes, puisqu’on voit des adresses du Québec sur des pots contenant du miel d’ailleurs. Les miels importés sont principalement des miels de piètre qualité: origine monoflorale peu intéressante au goût, provenant d’environnements agricoles intenses et ultra chauffés. Pour choisir un miel de qualité, recherchez les miels non pasteurisés, avec une adresse ne provenant pas d’un grand centre urbain. Restez vigilants face à l’étiquetage «Canada #1» et assurez-vous qu’il n’y a sur l’étiquette aucune mention «mélange de miels» ou «tartinade de miel».

Le miel, un sucre pas comme les autres

Partout dans le monde, on considère le miel comme de l’or, mais ici, au Québec, il est détrôné par le sirop d’érable qui est, pour plusieurs, le produit chouchou. Pourtant, le miel est un produit d’exception qui, en plus d’être un sucre naturel, vient de chez nous et parfume nos recettes différemment selon sa provenance. Un miel d’été multifloral sera doux et floral, alors qu’un miel monofloral de sarrasin sera corsé avec des notes fermières. La beauté du miel réside dans sa diversité: «mille fleurs, mille miels» est l’une de mes expressions favorites.

Choisissez un miel brut plutôt que pasteurisé. Pourquoi? Parce que dans le miel pasteurisé, ce qui disparaît en premier, ce sont les enzymes: il devient donc égal au sucre blanc, en plus d’être ultra filtré, ce qui veut dire qu’on ne retrouve plus de traces de pollen, donc plus aucun plaisir aromatique. Pensez-y!

Sauvez les abeilles en mangeant du miel québécois

Pour maintenir notre industrie apicole québécoise et ainsi conserver nos bleuets, nos concombres, nos tomates, et tous les autres aliments dont la culture dépend des abeilles, il est important, en tant que consommateur, d’acheter d’un apiculteur de proximité. C’est un geste tout simple qui fait une grande différence pour l’ensemble de la société.

Propos recueillis par Kathia Gailer

 

Merci à Miels d’Anicet pour sa collaboration au dossier