Apprivoiser les fleurs comestibles

Par 
Christine Côté, horticultrice

Les fleurs comestibles envahissent les assiettes des restaurants, et avec raison puisqu’elles ajoutent fraîcheur et splendeur aux plats. Voici quelques trucs pour donner cette même touche de raffinement à vos recettes maison.

Où trouver les fleurs comestibles?

Partout! Vous en avez même probablement sur votre terrain! Par exemple, les fleurs d’hémérocalles sont délicieuses, les fleurs d’hostas aussi, les pétales de tournesols, les fleurs de lilas, les tulipes… Si elles sont plantées chez vous et que vous ne les traitez pas aux produits chimiques, la plupart des fleurs sont comestibles! Pour être bien certain que vos fleurs sont comestibles, accordez-vous un délai minimum de deux mois: après ce laps de temps, les engrais et les pesticides seront pratiquement disparus de la plante.

Privilégier les semences plutôt que les plants

Afin de vous assurer que vos plantes sont biologiques et que pendant la production aucun engrais ou pesticide n’a été appliqué, il est préférable de privilégier les semences et, idéalement, de les semer à l’avance à l’intérieur. Les capucines, toutefois, peuvent être semées directement au jardin. Les temps de germinations et de floraisons sont inscrits sur l’emballage de la semence.

Une visite à la pépinière

Si vous désirez consommer vos fleurs sans attendre, il est aussi possible de vous procurer des plants à votre pépinière. Toutefois, choisissez-les avec soin et informez-vous à savoir s’ils sont biologiques. Comme les fleurs termineront dans votre assiette, il faut absolument éviter les fleurs traitées aux pesticides. Demandez l’avis de l’horticulteur sur place, dites-lui que vous avez l’intention de manger les fleurs du plant que vous achetez. Souvent, on les trouve dans la section des plants de légumes et des fines herbes biologiques.

Il est plutôt difficile d’en trouver à l’unité, prêtes à consommer, puisque très peu de serres en font pousser au Québec. La majeure partie de leur production est vendue aux restaurants, donc il en reste peu pour nous. Toutefois, comme la demande se fait de plus en plus sentir, on voit quelques pépinières qui commencent à en offrir. Vous risquez donc d’y trouver des orchidées ou autres fleurs exotiques, qui sont produites en serre (puisqu’il est impossible d’en produire soi-même, dans notre jardin!).

Évitez de vous approvisionner chez les fleuristes. Comme les fleurs qui s’y trouvent sont traitées pour une plus longue conservation, elles sont utilisables pour décorer, mais pas pour consommer…

La meilleure façon de s’approvisionner en fleurs comestibles reste d’acheter des plants biologiques et de les faire pousser soi-même!

Conseils de pro

Comme la culture des fleurs comestibles est la même que celle des légumes, je les intègre à mon potager, à côté de mes légumes ou dans un bac, sur le balcon. En plus d’être à portée de main, elles sont jolies et décoratives.

Évitez de les planter près des sources de pollution (près de la rue par exemple ou à proximité de l’endroit où vos animaux ont l’habitude de faire leurs besoins…!). Si votre voisin fait traiter chimiquement sa pelouse, attendez quelques jours après le traitement pour consommer les fleurs et les légumes de votre potager.

Si vous avez des fleurs comestibles vivaces, rien de plus simple: continuez de les cultiver comme vous le faites depuis des années. Il est fondamental toutefois de ne pas les traiter avec des engrais et des pesticides.

Comme la tendance est à l’autosuffisance, j’ai eu récemment un coup de cœur pour «Croque paysage», une entreprise de Val-David qui se spécialise dans l’aménagement paysager comestible. Je trouve le concept très intéressant!

Cuisiner avec les fleurs

Servez-les en salade, dans les jus maison, dans les salades de fruits, même dans les smoothies! Elles sont parfaites pour décorer des gâteaux, enjoliver un plateau de fromages ou de charcuteries. N’oubliez pas que les fleurs des fines herbes (fleurs de ciboulette, de camomille…) sont aussi délicieuses.

L’utilisation des fleurs n’est pas encore répandue et leur présence reste inusitée dans notre assiette. C’est clair que si vous en ajoutez à vos plats, ça ne passera pas inaperçu!

Peut-on cuire les fleurs?

La majorité des fleurs sont trop fragiles pour supporter la cuisson. Par contre, il y a la fleur de courgette qui peut être farcie et cuite. Comme elle est plus grosse, elle supporte la chaleur. Pour ce qui est des autres variétés, je conseille fortement de les manger fraîches. C’est la meilleure façon de les apprécier pleinement!

Il y a des fleurs plus sucrées, d’autres plus vanillées, voire épicées! Si l’on prend par exemple les œillets, leur goût rappelle celui du radis. C’est super bon en salade. Les capucines, les pensées et la monarde sont sucrées, donc parfaites pour les desserts. La tulipe et la lavande sont très parfumées, donc idéales pour accompagner la crème glacée.

Comme dans le cas des champignons sauvages, certaines fleurs sont toxiques, il faut donc faire attention! Par exemple, il ne faut absolument pas consommer les fleurs de sureau, le muguet, le datura, le laurier-rose, le narcisse (jonquille), le rhododendron, les fleurs de rhubarbe, de pomme de terre, de lupin, de ricin et l’iris.

En cas de doute, référez-vous à des ouvrages et informez-vous pour éviter les incidents malheureux. Pour ma part, j’aime bien le livre Fines herbes et fleurs comestibles du Québec d’Hélène Baril aux éditions Broquet.

Propos recueillis par Kathia Gailer