Comment déguster un bon chocolat

Par 
Geneviève O’Gleman
Photo 
Maude Chauvin

J’adore le chocolat! Et mon conseil numéro 1, si vous avez envie de chocolat: n’y résistez pas. Permettez-vous ce petit plaisir. Offrez-vous un vrai bon chocolat, fabriqué selon les règles de l’art. Qu’est-ce qui distingue un bon chocolat artisanal d’un chocolat fabriqué de façon commerciale? Son prix, direz-vous? Son goût, je vous répondrai!

Oui, un bon chocolat coûte plus cher, mais, en le dégustant lentement, vous en aurez pour votre argent! Vous obtiendrez un chocolat dont le goût riche et profond déclasse tous les lapins géants qui envahissent le marché au printemps. Et vous favoriserez l’économie locale en encourageant un artisan d’ici. Ce chocolat de qualité, vous n’en aurez besoin que d’une petite quantité pour être parfaitement contenté, je vous l’assure.

Il s’agit simplement de savoir «comment» le déguster, ce fameux chocolat.

Je vous propose un petit exercice. Prenez deux carrés du même chocolat, celui que vous préférez. Installez-vous confortablement dans un endroit calme. Éliminez toutes les distractions: pas de télévision, d’ordinateur ou d’enfant à surveiller. Choisissez votre moment et assurez-vous de pouvoir bien vous concentrer.

Fermez les yeux et dégustez le premier carré de chocolat. Laissez-le fondre sans le croquer. Profitez-en comme si c’était la dernière fois de votre vie que vous mangez du chocolat. Prenez des photos mentales pour vous souvenir de son goût, du plaisir qu’il vous procure. Tentez de mettre des mots sur les saveurs, sur les textures. Imprégnez-vous de toutes les sensations et profitez-en longuement jusqu’à ce que le carré fonde et disparaisse complètement. Comment c’était? Satisfaisant? Enveloppant? Gourmand?

Maintenant, prenez une gorgée d’eau et ensuite, sans fermer les yeux, croquez et avalez le deuxième morceau de chocolat. Rapidement, distraitement, comme lorsque vous mangez en travaillant ou en conduisant. Comment c’était? Je parie que c’était plutôt insatisfaisant! En le croquant ainsi, on ne le goûte pas vraiment. On a l’impression de l’avoir mangé «pour rien». Il ne nous a pas procuré de plaisir, la fonction première du chocolat, on va se le dire. Croqué rapidement, on a l’impression qu’il goûte la cire alors que c’est pourtant un chocolat de qualité. Et lorsqu’on «gobe» notre chocolat de cette façon, sans en profiter réellement, on se surprend à en vouloir encore plus, toujours plus. Notre envie n’est pas assouvie; le cerveau se dit qu’il n’a rien vu passer et il en redemande… Résultat? Vous vous retrouvez à manger la palette au grand complet, sans le réaliser. Ensuite, vous vous sentez coupable, vous vous en voulez et vous vous interdisez de manger du chocolat pendant quelques jours jusqu’à succomber une autre fois, et tout dévorer sans goûter.

Faites cet exercice, vous verrez, c’est vraiment saisissant. Déguster ou gober… Le même chocolat peut être perçu complètement différemment selon la manière dont on le mange.

La prochaine fois que vous aurez envie de manger du chocolat, accordez-vous ce plaisir. Prenez une vraie pause dégustation, et ne faites rien d’autre. Profitez-en et savourez votre petit carré. Je suis certaine que vous serez satisfait et que vous pourrez continuer vos activités sans être déconcentré par le reste de la palette qui vous appelle. Du chocolat, ça ne parle pas… c’est votre cerveau qui vous joue des tours! Et déguster calmement ce qu’il vous demande est la meilleure façon de le faire taire et de passer à un autre appel.

Bonne dégustation!