Radio-Canada Alimentation
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Anne-Virginie Schmidt

La vie d’apiculteur

Par 
Anne-Virginie Schmidt, copropriétaire Miels d’Anicet
Photo 
Daphné Caron & Nicolas Gauthier, Maude Chauvin

L’apiculture est tendance ces années-ci. Tout le monde veut des abeilles dans sa cour et contribuer à les sauver! Mais est-ce qu’on idéalise ce métier qui a des allures, disons-le, romantiques? La réponse ici!

Une réalité qui pique

En ce moment on est cool ! Les gens sont impressionnés et émerveillés par notre métier qui leur semble très féérique, voire folklorique. Ils s’imaginent passer leur journée à se balader dans le champ, mais la réalité est moins rose. Le travail apicole est très physique et demandant (au cours de l’été, une colonie passe de 20 000 à 80 000 abeilles!). On peut se faire piquer jusqu’à 100 fois par jour, et oui, ça fait toujours mal! On ne s’habitue pas au fil des ans, malheureusement. On gère mieux la piqûre, mais la douleur reste! Donc si vous rêvez de devenir apiculteur, vous devrez apprendre à bien gérer la douleur. Vous devrez être imprégné et fasciné pas les abeilles. Votre passion devra prendre le dessus sur tout… Même sur les piqûres!

Le rôle de l’apiculteur

Au quotidien, l’apiculteur doit veiller à la vigueur de ses colonies ainsi qu’à son développement et réagir rapidement selon ses observations. Il doit observer la nature pour s’assurer que la zone de butinage des abeilles est favorable à leur alimentation tant en nectar qu’en pollen. Il doit aussi garder ses colonies en santé en vérifiant s’il y a des parasites ou des maladies qui pourraient être nuisibles, voire fatales pour les abeilles. Il est donc à la fois entomologiste, botaniste et médecin!

Anne-Virginie Schmidt

Un travail saisonnier?

Un autre aspect du travail qui fait rêver les gens est l’aspect saisonnier. Bien que la grosse saison pour nous soit de mai à septembre, le reste de l’année nous sommes aussi bien occupés puisque, pour vivre de ce métier, il faut vendre le miel! Notre miellerie produit 90 000 livres par année de miel, ce qui équivaut à 90 000 pots à vendre, rien de moins! Et comme on transforme le miel (nous sommes une des mielleries les plus intégrées au niveau mondial, ici rien qui se perd : la propolis, la cire…). Nous vendons le miel en pot, on le transforme en confiture, en onguent, en savon… Nous avons un atelier de soins, une cuisine, un restaurant où plus de 20 personnes travaillent à temps plein. Le nombre d’employés grimpe à 45 l’été pour créer cette chaîne de valorisation du miel. C’est important pour nous de partir de la matière brute et de la vendre sous différentes formes.

Des abeilles… à louer?

Dans l’industrie, beaucoup de choses ont changé: avec le déclin des colonies d’abeilles, il manque de pollinisateurs sauvages pour beaucoup de cultures de fruits et de légumes. On reçoit maintenant des demandes pour louer nos colonies afin de les déposer dans les champs à polliniser (canneberges, bleuets, prunes, oranges, pêches, etc.). Beaucoup d’apiculteurs de nos jours vivent de la pollinisation plutôt que de vivre du miel. Étonnant n’est-ce pas?

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Envie de nous aider?

L’achat de pot de miel du Québec reste le geste le plus simple pour nous aider à continuer notre travail. N’utilisez pas de pesticides sur votre pelouse et pourquoi ne pas planter quelques fleurs mellifères (lavandes, marguerite, géranium, etc.) dans votre cour? Un autre geste tout simple est de laisser les pissenlits pousser afin que les pollinisateurs aient quelque chose à manger. N’hésitez pas à interpeller vos municipalités aussi! Demandez plus de fleurs dans les parcs, des bandes florales près des rues, etc. Il ne faut pas sous-estimer la parole citoyenne!

Si l’envie vous prend de devenir un apiculteur amateur…

Sachez qu’il est possible d’acheter des «bébés ruches» pour votre cour. Mais rappelez-vous qu’il est vraiment plus difficile de gérer une ruche que d’avoir des poules, car l’abeille est un insecte sensible, ayant différents cycles et demandant plusieurs gestes critiques de la part de la personne qui s’en occupe. Vous devrez donc être vigilants, en prendre soin quotidiennement et les faire garder lorsque vous partez en vacances!

Propos recueillis par Kathia Gailer

 

Merci à Miels d’Anicet pour sa collaboration au dossier

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Anicet Desrochers