La vie de crevettier

Par 
Réjean Côté, capitaine de pêche
Photos 
Marie-Eve Campbell

Depuis le 1er avril, la saison de la pêche aux crevettes nordiques est ouverte. C’est ma 43e saison! Voici ce que vous ne savez peut-être pas à propos du métier de crevettier!

Les journées de pêche typiques n’ont pas de début ni de fin

Je pars ce soir pour ma deuxième sortie en mer de la saison. On fera partir les moteurs du bateau à 22h et, pour se rendre au lieu de pêche, on aura 6 heures de route à faire. Comme nos chaluts sont toujours à l’eau on n’arrête jamais: on les lève toutes les quatre heures, on trie les crevettes, on les met en sac puis dans la glace. C’est exigeant, car ça dure six jours, donc 6 x 24h. Après, on doit rentrer pour assurer la qualité de la crevette.

À cause du froid, du manque de sommeil et du vent, ça devient fatigant, mais on est habitués! Quand on range le bateau en octobre ou en novembre, on l’a assez vu… Mais après une couple de semaines, on a oublié les désagréments, les petites misères et, au mois de mars, on a hâte de repartir!

En mer il n’y a pas de place pour la compétition

C’est ma 43e saison. Mon frère est avec moi depuis 33 ans et mon fils, depuis 4 ans. C’est assez familial comme équipage. J’ai aussi un employé, un ami, qui est comme un membre de la famille. Sur le bateau chacun a ses tâches, mais on est toujours prêt à aider l’autre s’il en a besoin.

C’est pareil avec les autres bateaux de pêche: on partage les mêmes lieux de pêche. On est 52 crevettiers en mer et on se connaît tous. On peut être environ 15 bateaux en même temps, à la même place. Est-ce qu’il y a de la compétition? Un peu, mais il y a surtout de l’entraide. En mer tu ne peux pas te mettre quelqu’un à dos. Quand tu as besoin d’aide, les copains répondent présents et sont là pour t’aider.

On connaît le fond de la mer comme vous connaissez votre quartier

Nous on va dire: «J’suis allé dans la coulée, j’ai contourné la craque de la Boule, je reviens de la Pointe-aux-Anglais…» On a des noms pour les montagnes, les vallées, les creux, on connaît nos lieux de pêche par cœur.

Depuis 20 ans, il y a une grosse révolution technologique sur les bateaux

À mes débuts, on avait un bateau de bois qui prenait l’eau, avec un poêle à l’huile en avant. On couchait tout habillés à cause du froid, il n’y avait pas de douche et pas de téléphone sur le bateau. Si on voulait appeler à la maison, on devait passer par la Garde côtière et ça coûtait 5$ pour une minute. Maintenant, on a une douche, la télé, le câble, le téléphone et quatre ou cinq ordinateurs, toujours en marche, pour nous aider! C’est difficile de comparer les prises d’avant et de maintenant, car de nos jours, on a la technologie qui nous donne un bon coup de main.

Non, on ne se tanne pas de manger des crevettes! 

La crevette qu’on fait cuire fraîche et qu’on mange à bord du bateau n’a pas le même goût qu’une congelée, c’est certain. Il doit bien y avoir des avantages! Le soir, on se fait un lunch avec un bon sandwich: deux toasts, mayonnaise et avec un pouce et demi de crevettes. Ce serait triste de s’en priver, il y a des gens qui la paient 18$ la livre et comme on peut en rapporter environ 42 000 livres par voyage, pas de danger de manger nos profits!

Nos crevettes sont les meilleures!

Ce qui est génial avec notre produit, c’est qu’il est pêché dans le respect de la biomasse. Nos crevettes sont biologiques et bonnes pour la santé, ce qui n’est pas toujours le cas avec la crevette d’élevage. Je suis fier de voir que les crevettes nordiques ont de plus en plus de place dans les médias ou dans les livres de recettes, ça fait aussi que les gens vont vers elles plutôt que vers les crevettes d’ailleurs.

Envie d’en apprendre un peu plus sur la crevette nordique? Lisez notre dossier: je vote pour les crevettes d’ici.

Entretien avec le capitaine, propos recueillis par Kathia Gailer