Yucatán gourmand à pas de tortue

Par 
Marie-Eve Campbell

Cet été, mon mari, mes deux enfants (4 et 6 ans) et moi sommes allés au Mexique pour la première fois. Nous y avons passé tout un mois, dans la chaleur et l’humidité, pour le plus grand bonheur de nos papilles et de nos yeux.

Étant des voyageurs très lents, adeptes du slow travel, nous avons limité notre itinéraire à une partie de la péninsule du Yucatán. Nous avons atterri à Cancún et avons conduit jusqu’à Tulum, en faisant d’abord une large boucle par Isla Mujeres, Mérida, Valladolid et Cobá. Notre grand plaisir est de vivre pour un moment dans un pays étranger, sans chercher à tout voir ni à tout visiter. On se loue un appartement dans un quartier peu ou pas touristique et on découvre l’endroit à partir de notre logement temporaire. Quelle victoire lorsqu’on trouve nos points de repère sans l’assistance de notre téléphone!

Une plage d’Isla Mujeres, près de l’aquarium de tortues Tortugranja

Il nous a tout de même fallu quelques jours avant de s’adapter au rythme mexicain. Nos petits vont normalement au lit très tôt, dans des chambres ventilées par l’air salin et frais du fleuve Saint-Laurent; la sueur, on ne connaît pas trop ça à Matane! On savait bien que le Yucatán, en juillet, ce ne serait pas frisquet. Depuis notre retour, on me demande constamment: «mais ce n’était pas trop chaud, le Mexique en plein été?», ce à quoi je réponds: «oh oui, c’était trop chaud!» Mais ce climat devenait un élément comme un autre de notre dépaysement. Nous avons observé les gens locaux, et nous nous sommes adaptés! Nous sortions marcher jusqu’au dîner, puis nous rentrions à notre appartement pour une longue sieste d’après-midi. On ressortait en soirée, quand les rues étaient à nouveau animées et vivantes. On s’est couché tard, on a sué et on a nagé dans tous les plans d’eau à proximité – grandes et petites piscines, cénotes, océan!

Reste que pour nous, voyager, c’est manger. Nous aimions faire l’épicerie au Chedraui, chaîne d’épiceries mexicaine. Les emballages exotiques nous plaisent! On embarquait les enfants dans le panier et on faisait toutes les allées, ce qui faisait bien rire les clients mexicains.

Mes enfants dans la ville de Cancún, dans le quartier de l’appartement que nous avions loué.

Nous avons évidemment visité des marchés, dont le slow food market de Mérida, où nous nous sommes ravitaillés en sauce piquante artisanale et en fruits et légumes cultivés localement. Nous avons goûté les oranges à jus, les mangues sublimes, les papayes parfaites, les pitayas savoureux, les bananes sucrées, les limes juteuses et les immenses avocats. Nous avons découvert le mamey (un fruit à la pelure rude et à la chair rouge et crémeuse), le huaya (un petit fruit rond et vert qui pousse en grappes et qui a un gros noyau entouré de chair à la fois sucrée et un peu astringente), le miel foncé du Yucatán, la feuille de hoja santa (avec laquelle on cuisine, comme on le fait avec le thé matcha), l’origan sauvage, le champignon huitlacoche (qu’on qualifiait de caviar mexicain!) et les fleurs de jamaica (aussi appelées fleurs d’hibiscus) en confiture. Nous avons mangé les meilleurs tacos au monde servis par une charmante femme qui tenait une table dans un parc où on dansait la salsa en plein soleil.

Nous en avons encore mangé au Mercado 60, un vibrant rassemblement de 18 kiosques de bouffe de rue au cœur de Mérida où se tiennent régulièrement des soirées musicales très animées. Nous avons bu du pozol, boisson de maïs fermenté et de noix de coco offert par des femmes mayas dans un village au cœur de la jungle.

Nous avons mangé du cochinita pibil (du porc effiloché mariné et braisé), des grillades de poulet, du pico de gallo (un mélange de tomates, d’oignons et de coriandre hachée, arrosé généreusement de jus de lime, servis avec des chips de maïs) et des paletas (des sucettes glacées à base de vrais fruits, aux saveurs exotiques et surprenantes!) jusqu’à plus faim.

Et puis un soir, j’ai eu la chance inouïe d’être invitée à déguster de la fine cuisine yucatèque au tout nouveau restaurant du musée Azulik Uh May, près de Tulum. La fraîcheur du bar blanc, la belle noirceur de la tortilla à l’encre de calmar, la douceur de la purée de mamey et la richesse de la glace à la hoja santa m’ont presque fait pleurer.

Malgré tout cela, tellement de saveurs restent encore à découvrir. Vivre ces expériences avec mes enfants m’émeut beaucoup. Les voir s’adapter si facilement à de nouveaux goûts et à un climat si éloigné de ce qu’on connaît m’impressionne. Tout doucement, je rêve à notre prochaine destination.

Marie-Eve Campbell est photographe et maman de deux enfants. Elle habite Matane, où elle tient Atelier Camion, une entreprise de photographie, de design Web et de rédaction.

Tortilla à l'encre de calmar dégusté au Azulik Uh May.